Groupe charentais de pédagogie institutionnelle

Une journée de classe pour Ludivine - Isabelle Gesson PDF Imprimer Envoyer
Découvrir une classe travaillant en PI, la place des institutions, la place des apprentissages, 
à travers la journée de travail d'une enfant en GS

Mardi 14 mai, 9 h. Ludivine entre dans la classe, un téléphone dans la main. Elle le pose sur la table des présentations et attrape un classeur répertoire de mots (construit par la classe au fur et à mesure des besoins en écriture). Puis elle s’installe à une table après avoir décroché la feuille des présentations : tableau à double entrée, prénom de l’enfant, objet présenté. Cinq enfants sont déjà inscrits, en prévision du moment de présentations de vendredi. Ludivine inscrit son prénom de mémoire en script. Deuxième colonne : nom de l’objet à présenter… Problème : comment écrire «téléphone». Elle ouvre le classeur et feuillette méticuleusement les pages en relisant chaque mot. Certains sont imagés par des enfants de la classe, d’autres non. Emma (MS), s’approche et l’aide à relire certains mots que Ludivine a oubliés. Pas de téléphone. Ludivine se dirige alors vers le chariot où sont rangées les fiches « photimot » (fichier PEMF) par thème : animaux, objets de la maison, transports… Elle entreprend de passer une par une les fiches et finit par trouver «téléphone». Temps assez long, grande concentration et persévérance. Elle peut finir de remplir sa fiche d’inscription aux présentations. Pendant ce temps, d’autres sont inscrits dans différents ateliers : histoires longues dictées à la maîtresse sur inscription aussi, jeux, dessins libres,… Ludivine choisit P.T.I. Elle va donc chercher sa chemise et choisit de réaliser un exercice de discrimination visuelle.

L’heure du goûter : Ludivine, comme tous les autres, range la classe dans le calme. Puis elle s’approche de Mathias, le plus petit de la classe, qui est aussi celui qui présente quelques difficultés de comportement. Elle lui prend la main, Amandine, une G.S. de l’équipe de Mathias, lui prend l’autre main. Dans le couloir, Ludivine tend à Mathias un mouchoir en papier pour qu’il puisse se moucher seul. Ils se dirigent calmement vers la cantine.

Après le goûter, regroupement sur le tapis. Ludivine et Amandine encadrent et maintiennent amicalement Mathias assis pour écouter la lecture de la date. Ludivine annonce, en tant que responsable d’équipe, qu’aucun enfant n’est absent dans son équipe.

Plus tard, au cours des ateliers en équipe, la maîtresse annonce ou rappelle aux responsables d’équipe le travail commencé qu’il faut poursuivre. L’équipe de Ludivine va en peinture, technique au rouleau. En tant que responsable d’équipe, Ludivine vérifie que chaque équipier a bien un tablier et aide certains à accrocher leur feuille.

L’après-midi : présentation d’histoires et de livres présidée par un G.S. Ludivine écoute, intervient, félicite. Lecture du menu du lendemain : Ludivine, lectrice débutante, et Clément s’isolent dans le couloir, échangent, cherchent à lire seuls. Ils reviennent un moment après dans la classe pendant que le groupe de non lecteurs tâtonne avec la maîtresse.

Choix des ateliers de l’après-midi : Ludivine veut écrire une histoire courte. Elle va chercher son cahier d’écriture et se lance. «Moi, j’ai un téléphone qui s’allume». Sans l’aide la maîtresse, mais en échangeant avec d’autres, autour de la table, qui ont choisi le même atelier, en réinvestissant ses acquis du matin, le mot téléphone, en cherchant des mots globalement dans son cahier de lecture, le mot «qui», en analysant «s’allume», Ludivine arrive au bout de son histoire qu’elle présentera le lendemain.

Après la récré : Conseil «passage de barrettes». Ce jour-là, Ludivine n’est pas inscrite. Déjà grande en comportement, elle accepte car comprend que les plus petits seront prioritaires. Elle donne son avis et intervient pertinemment pour recentrer le débat devenu confus au sujet de l’octroi d’une barrette à un enfant perturbateur qui demande une nouvelle barrette sans être capable de respecter les critères de la barrette inférieure qu’il a déjà acquise. «Je ne comprends pas, on parle de quoi ? S’il ne crie plus dans la classe ou s’il ne bouscule pas devant la porte en rentrant de récré ?»

Le Conseil terminé, elle va faire son métier : vérifier que les pots de crayons sont bien rangés, prend sa boîte à sous dans son casier et se rassoit sur les bancs pour être payée et dire comment ça va, comment s’est passée la journée. C’était une très bonne journée. Elle a reçu, donné, grandi et aidé à grandir.

 

Isabelle Gesson