Groupe charentais de pédagogie institutionnelle

La mise en place de la correspondance en maternelle - Annick Marteau PDF Imprimer Envoyer

 

La correspondance prend sa place et son sens dans la classe aux côtés et grâce à d’autres activités d’approche de l’écrit : production d’albums, texte libre, cahier de vie, tâtonnement en écriture, étude systématique de textes…

Elle permet d’utiliser des systèmes de communication à distance et d’introduire les contraintes liées à la fonction de communication de l’écrit.

La dimension affective soutient tout au long de l’année ce travail à l’adresse d’un autre, d’autres.

 

Démarrage entre maîtresses

Dans ma classe, nous avons des correspondants chaque année. Les classes avec lesquelles nous avons échangé successivement étaient toutes du département, ce qui permettait d’organiser en général deux rencontres dans l’année.

Aux rencontres des groupes PI de Toulouse, Hélène Gourdouze et moi nous entendons pour faire correspondre nos deux classes maternelles : moyenne et grande section chez Hélène, petite, moyenne et grande section chez moi.

Aix/Cognac, la distance ne permettra aucune rencontre. Je le perçois alors comme un inconvénient, compte tenu de l’âge des enfants mais cette petite rupture d’avec mes habitudes ne me déplait pas, et j’aurai, de plus, plaisir à travailler avec Hélène.

Nous échangeons nos adresses et nos numéros de téléphone.

Nous nous entendons :

  • sur la nature des échanges : échanges collectifs et échanges individuels
  • sur le contenu minimum de chaque envoi :

collectif : la lettre collective + son double 21 x 29 afin de pouvoir photocopier,

individuel : une lettre pour chaque enfant.

Dans tous les envois, une lettre de maîtresse à maîtresse pour faire le point.

  • sur la fréquence des envois : fixée selon un calendrier établi en début d’année, un envoi par quinzaine alternant collectif et individuel.

Nous échangeons des renseignements sur nos élèves en fonction desquels nous formons les couples pour la correspondance individuelle, et nous fixons les modalités de démarrage.

Cette entente est un véritable contrat, indispensable.

En classe, j’ouvre un dossier « correspondance » destiné à collecter les traces : double des lettres collectives, idées de techniques, de présentation. De leur côté, les enfants conserveront collés dans leur cahier de vie le double de leurs propres lettres, les lettres de leur correspondant, le double des lettres collectives reçues et envoyées. On s’y référera pour répondre aux questions, et éviter de se répéter.

A la rentrée, j’informe mes élèves que nous pouvons correspondre avec une classe d’Aix en Provence dont j’ai rencontré la maîtresse. Tous acceptent l’idée avec plaisir et je précise alors qu’ils habitent loin, trop loin pour que nous puissions les rencontrer. Qu’à cela tienne, nous prendrons le bus, l’avion s’il le faut ! J’apporte une carte de France : voilà quelque chose d’extraordinaire, ils habitent « à un bout de la France, à l’autre bout !» Tous n’ont pas très bien compris, et jusqu’en février, certains demanderont encore quand nous irons voir les correspondants, mais ce qu’on retient, c’est que le bout de la France, ce n’est pas rien.

Nous envoyons une première lettre collective qui contient une rapide présentation de notre classe et qui se termine par la question : « Voulez-vous être nos correspondants ? »

Nous aurons d’autres sujets d’étonnement fournis par ces correspondants qui se révéleront à la fois proches et lointain.

Après avoir reçu la première réponse collective, nous préparons sur le même modèle des lettres individuelles de présentation : nom, âge, ce que j’aime, ce que je n’aime pas…

Dans les tout premiers échanges, nous envoyons des autoportraits qui pourront donner lieu à des activités de tri, de dénombrement…

Nous réservons cadeaux et photos pour plus tard pour éviter que les enfants ne fassent passer l’écrit au second plan.

A la suite du premier envoi individuel est établie, par Hélène et moi, la liste deux par deux des enfants qui s’écriront. Dans ma classe, nous représentons cette liste simplement, sous forme de tableau de correspondance avec des flèches, facile à coder et décoder.


La correspondance collective

Ecriture de la lettre

Nous nous regroupons autour de la dernière lettre reçue, dont nous nous rappelons le contenu. Je la relis ensuite entièrement puis nous recherchons des idées que je note pour la réponse. Nous en rédigeons certaines en mettant l’accent sur le respect des règles de la communication écrite puis, pour éviter la lassitude, j’aide davantage en reformulant moi-même correctement les propositions.

Le contenu de la lettre respecte en principe le plan suivant :

Date, lieu, Bonjour (les amis, les corres…) notre avis sur le colis reçu, les réponses aux questions, les nouvelles, nos questions, Au revoir et signature.

Nous avions décidé, Hélène et moi, de coder par des couleurs la nature des phrases : questions en rouge, réponses en vert… mais les enfants ne semblent pas investir ce codage et ont d’autres repères, nous l’avons abandonné.

Pendant que je recopie la lettre sur un grand format, en grosse écriture cursive pour une bonne lisibilité, les enfants préparent la décoration : dessins sur un thème que nous avons choisi en commun pour sa relative facilité d’exécution afin que tous y contribuent. Ces dessins, une fois découpés, sont collés, assez loin de la partie écrite pour ne pas gêner la lecture.

Un peu plus tard dans l’année, plusieurs élèves se montrent tout à fait capables de recopier la lettre à ma place.

La lettre est relue et critiquée avant envoi. Cette organisation permet un travail rapide.

Au gré des activités de la classe, nous joignons éventuellement des albums, des textes libres, des poésies, des recettes, des recherches en mathématiques

Arrivée du colis

Nous nous regroupons autour du colis, tous en ont déjà identifié la provenance. Nous faisons un inventaire rapide de son contenu puis j’affiche la lettre collective que nous commençons à lire aussitôt selon la technique de la lecture découverte. Je ne laisse pas la lassitude s’installer là non plus en insistant trop. Les enfants sont impatients de m’entendre la lire entier, c’est là qu’elle prend tout son sens. Le reste du colis est exposé en attendant d’être découvert plus en détail.


La correspondance individuelle

Ecriture de la lettre

Elle a lieu lors de séances par petits groupes de 3 ou 4 enfants qui se succèdent. Après avoir relu la dernière lettre reçue l’enfant y répond selon les mêmes règles que pour la lettre collective.

Plusieurs démarches sont utilisées : j’écris la lettre sous la dictée de l’enfant qui, éventuellement la recopie ensuite, ou bien, par un travail de recherche, celui-ci écrit lui-même, avec mon aide, ou bien encore il écrit sans mon aide, puis je viens compléter ou réécrire. Ainsi, même les plus jeunes « écrivent » : signes, ronds, vagues plus ou moins bien organisés sur la feuille dont ils me donnent ensuite la signification qui me permet de réécrire au-dessous. Les plus grands, certains savent lire, par une véritable recherche et à l’aide des outils de la classe, écrivent des mots, des phrases construites.

Pendant le temps d’écriture les autres enfants illustrent, soit librement soit par une technique que j’ai proposée.

Lecture des lettres individuelles

Elles sont distribuées dès l’ouverture du colis. L’aide maternelle et moi les lisons aussitôt à chacun en circulant parmi le groupe. Autour de nous se forment des petits groupes sans organisation particulière. Certains enfants essaient de lire eux-mêmes. En fin d’année les quelques lecteurs lisent leurs lettres aux plus petits.

Pour tous les envois individuels, nous veillons à ce qu’aucun enfant ne soit oublié. C’est la maîtresse qui écrit à la place d’un élève absent.

Ces envois sont complétés de la même façon que les envois collectifs (albums, textes…)

Le temps à consacrer à la préparation du colis individuel est particulièrement long et la classe s’est souvent trouvée en état d’urgence les jours précédents la date de départ. Inclure régulièrement dans la quinzaine des moments correspondance, tout en conservant les activités habituelles ne s’est pas toujours révélé satisfaisant et j’ai souvent préféré instituer une mobilisation plus importante sur une période plus courte. Seules étaient maintenues les activités rituelles, le conseil ; le Quoi de Neuf, le bilan.

Pendant l’écriture des lettres les enfants avaient à leur disposition différents ateliers ne nécessitant pas ma présence, en lien ou non avec la correspondance.


Trois années d’échanges

Nos deux classes ont correspondu trois ans. Les échanges ont été riches par l’authenticité de l’intérêt à l’échange, aux autres. Nous avons fait très peu d’échanges axés sur les disciplines. Par contre nous avons pu constater que les lettres, avec le temps, s’allongeaient, que les contenus devenaient moins superficiels, allant davantage à l’essentiel.

Des albums reçus ont donné envie de faire des albums, les monotypes d’Aix ont servi de modèles, nous avons réfléchi ensemble, à distance, aux livres que nous aimions. La monnaie et le marché de Jarnouzeau ont nécessité d’être expliqués dans deux lettres successives. A Jarnouzeau, nous avons été impressionnés par « la présentation au CP » des élèves de grande section d’Aix et avons presque eu peur à leur place, mais depuis et grâce à eux, nous connaissons nous aussi « la présentation au CP ».

L’absence de visite n’a pas diminué l’intérêt des enfants pour leurs correspondants. Ce que je percevais au départ comme un inconvénient a au contraire contribué à singulariser les destinataires de nos envois et lorsque Maud, une élève de grande section revint en septembre annonçant que pendant les vacances elle avait vu l’école de nos correspondants et qu’elle en rapportait une photo, les questions détaillées qui lui furent posées, l’examen minutieux auquel fut soumise la photo me rendirent tout à fait optimiste pour l’année de correspondance à venir.

La régularité des envois, la qualité du contenu, l’authenticité des échanges et l’absence de surexploitation pédagogique sont les points auxquels j’ai tenté de me tenir avec le plus de rigueur car ce sont eux qui me sont apparus indispensables à la réussite d’une correspondance pratiquée dans le respect de l’expression des enfants.


Annick Marteau